Arrivée le 14 février 2018 à 21h35 :  Premier choc culturel, les motos et la pollution qui en découle!

Accueil chaleureux chez Monsieur Philippe Bossou. Repas béninois avec l’équipe d’ABB et la famille d’accueil.

Première semaine de mission:

Etat de la situation nutritionnelle au Bénin par Dre Janine Lawani, nutritionniste-sage-femme-épidemiologiste au Cabinet du Ministre de la santé:
La population du Bénin est jeune, l’espérance de vie y est courte. Le retard de croissance est élevé avec 34% (moyenne nationale). Toutefois, il existe de grandes disparités entre les communes, de sorte qu’a Cotonou elle est moindre mais selon les dernières enquêtes, dans certaines communes du Nord la malnutrition peut dépasser les 40%.encontre avec Dre Carmelle Mizehoun, coordonnatrice des programmes de formation en nutrition de la Faculté des Sciences de la Santé. Dre Mizehoun nous apprend qu’après d’intenses efforts de plaidoyer, seulement 2 nutritionnistes de la Faculté de la Santé seront recrutés par l’Etat. Il y a une méconnaissance du rôle de la nutrition clinique au Bénin, le terrain étant occupé majoritairement par des agronomes travaillant au sein de plus de 1000 ONG. La malnutrition persiste et est mal reconnue.

Cérémonie d’ouverture des Bénévoles d’ABB-I
ABB-I a recruté des milliers de bénévoles lors de sa dernière campagne de sensibilisation au bénévolat au Bénin. De ceux-ci, des facilitateurs dans chaque région ont été désignés et formés et ils sont invités à partager leurs idées de projet durant les séances d’échange. Nous nous adressons à l’audience, ma fille et moi, afin de partager nos motivations à venir aider leur pays, et de l’importance de toujours considérer la nutrition dans chacun des projets puisque c’est la base du développement individuel mais également collectif.

DEUXIEME SEMAINE DE MISSION

Rencontre avec le coordonnateur du Centre de Santé de la zone Allada-Zé-Toffo :
observation des rencontres de suivi nutritionnel par la nutritionniste et présentation de la situation dans cette zone. Nous sommes frappées par la précarité des installations et du peu de moyens dont la nutritionniste dispose. Devant nos yeux, une grand-mère trop faible pour tenir un bébé en malnutrition sévère, amorphe, amaigri et rempli de lésions cutanées, s’affaisse sur le sol. La malnutrition touche non seulement les enfants, mais la population féminine en général. Nous observons en même temps une démonstration culinaire pour enseigner une préparation de bouillie plus nutritive aux mères.

Rencontre avec le Secrétaire Permanent du Conseil Alimentation et Nutrition:
Le SPCAN est responsable d’administrer le budget de 14 milliards de CFA pour l’administration du Protocole qui unifie les 1000 ONG œuvrant sur le terrain. Au cours d’une discussion agréable et animée, je fais part des difficultés vues à Allada et confirme notre intérêt à soutenir les nutritionnistes du Bénin à mieux s’organiser. Le SPCAN insiste pour que nous rédigions une propostion de projet concrète et que nous lui soumettions avant notre départ.

Rencontre avec le Dr Houndjo à Pobè:
Nous assistons à la mise en application du Protocole de Malnutrition Sevère dans ce Centre de Santé à Pobè. Encore ici, la précarité des installations et le peu de ressources humaines spécialisée nous permet de mieux comprendre pourquoi malgré 1000 ONG présents au Bénin, la malnutrition ne cesse de se chroniciser. La nutrition clinique est quasi-inexistante au Bénin, malgré que la plupart des près de 100 nutritionnistes formés par la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université d’Abomey-Calavi ne travaillent pas ou ne travaillent pas en nutrition mais attendent patiemment qu’on les recrute pour mettre à profit leurs compétences.

Rencontre au CNHU (hopital universitaire) avec Dre Florence Alihonou:
Cette médecin formée en nutrition clinique à l’Université de Montréal est l’une des rares professionnels de la santé a avoir acquis les compétences en nutrition clinique. Elle est responsable de la formation des stagiaires en nutrition. Dre Alihonou demande depuis plusieurs années à l’Etat de lui assigner un nutritionniste car les pathologies sont de plus en plus complexes et la malnutrition en milieu hospitalier ou secondaire à des pathologies est de plus en plus fréquente.

Rencontre avec l’ONG Afric Mutualité:
Cet ONG est un important acteur dans l’Administration du Protocole. Nous rencontrons les personnes en charge du budget alloué par la Banque Mondiale. Nous prenons connaissance de la situation nutritionnelle au niveau communal et des diverses enquêtes et bilans en cours. La première Phase du Protocole National est terminé, et les résultats issus des 2 premières communes pilote sont sur le point d’être révélés, alors que la phase 2 est dejà terminée aux deux-tiers. Quelques modèles québécois de prévention en matière de nutrition sont partagés, dont le programme OLO visant à prévenir la mortallité infantile et les bébés de petits poids au Québec. Nous apprenons que le Bénin met la nutrition des 0-59 mois au coeur des priorités de santé et reconnaît l’importance des ‘1000 premiers jours’ tant pour la mère que pour l’enfant.

Visite de Ouidah ville commémorative de l’esclavage et Echange avec un ONG de la région:
Nous apprenons sur les 400 ans d’esclavage qui ont miné le développement du Bénin. Ouidah est une très belle ville, un havre de paix, avec des plages et un cachet très touristique. Un coup de coeur! A Ouidah, contrairement a Cotonou, l’air est pur. Un projet prometteur visant à favoriser l’autonomie des jeunes mères et mères monoparentales nosu est présenté.

Répétition de la Troupe de danse Folkorique Les archanges:
Nous sommes initiées aux danses africaines – Les africains dansent rarement en public, c’est donc un honneur pour nous de pouvoir assister à cette répétition intime. Nous devenons les élèves et partageons également nos propres danses folkloriques québécoises. Les Béninois sont très ouverts aux autres cultures et c’est épuisées que nous regagnons notre foyer d’accueil après une merveilleuse soirée. ABB-International nous a permis de voir le Bénin comme il nous l’aurait été impossible. Le brassage culturel nous a vraiment permis de nous imprégner de la culture béninoise et d’apprécier toute la joie de vivre et la chaleur humaine qui y régne. L’Afrique n’est rien comme nous nous l’avions imaginé.

TROISIEME SEMAINE DE MISSION

Visite d’une petite école dans le Couffo:
Les enfants nous accueillent avec une chanson, maquillés à l’africaine et avec des chapeaux de fête en papier pour l’occasion d’un festival quelconque. La petite école est typique des écoles du Bénin ou est implanté le dispositif de cantine scolaire: les cantines scolaires permettent de favoriser la rétention scolaire et ce volet semble être un aspect réussi du Protocole national financé par la banque mondiale.

Nous rencontrons malgré tout des des enfants amaigris, souffrant de rachitisme ou de candidoses buccales que les intervenants ne savent pas expliquer. Un constat de plus en plus clair : au Bénin, c’est l’ignorance qui tue. Les infrastructures sont suffisantes et la pyramide sanitaire est fonctionnelle. Ce sont les ressources humaines et la compétence qui manque. Notre contribution se précise: transférer nos compétences et appuyer les nutritionnistes du Bénin est un passage essentiel pour résoudre les problèmes de nutrition au Bénin.

Rencontre à Abomey avec le Dr Sedogono:
Cet hôpital dédié à la mère et l’enfant est un des seuls centres hospitaliers en partie financé par l’État. On y voit des installations plus spacieuses, mais l’organisation y est minimale, ainsi que les mesures d’hygiène. Nous commmençons à mieux comprendre les impacts de la dépendance du système de santé envers les ONG: Les ruptures de stock dans la distribution de formules nutritives et supplément de récupération nutritionnelle (PlumpyNut) laissent les établissements dans l’obligation de se débrouiller avec les moyens du bord et obligent à des décisions crève-coeur: lequel parmi les tous les enfants, aura droit au dernier ‘PlumpyNut’? Nous ressentons toute la responsabilité des médecins en place, mais également toute la contribution que les pays développés pourraient apporter si les ressources étaient investies à soutenir ce pays dans son autonomie grâce à l’implantation de solutions durables, plutôt que d’entretenir la dépendance aux ONG.

Rencontre avec des facilitateurs d’ABB dans le Littoral :
Une discussion sur les impacts de la malnutrition a lieu avec les divers bénévoles et coordonnateurs d’ONG de cette région. : Une sensibilisation au fait que la malnutrition est l’affaire de tous, en commençant par les hommes car les pesanteurs socioculturelles sont lourdes : on ne partage pas avec les enfants et ceux-ci ne peuvent pas demander de nourriture. Dans plusieurs ménages, les mères sont laissées pour compte toute la journée, sans denrées. Le rôle du père est a revoir….Par un discours public, nous confrontons l’assemblée principalement masculine au fait que si demain ils voulaient prévenir la malnutrition, chaque père de famille n’avait qu’à commencer à manger un peu moins et partager l’excès avec ses enfants, car les hommes béninois mangent beaucoup trop, alors que les enfants sont mal nourris. Le double fardeau nutritionnel est réel, avec l’obésité qui côtoie la maigreur dans un même ménage.

Deuxième rencontre avec Dre Janine Lawani- responsable du volet nutrition au ministere de la Santé:
Nous préparons la proposition de projet qui consistera à appuyer les nutritionnistes sur le plan des compétences pratiques, mais également la création d’unités pilotes modèles de services de nutrition cliniquesdans des milieux stratégiques pouvant servir de lieu d’auto-formation pour les nutritionnistes cliniciens du Bénin.

Dre Lawani nous accueille dans sa clinique et nous parle de son projet qui lui tient à coeur, en collaboration avec son époux qui dirige la clinique d’ophtalmologie, qui consiste en un centre de dépistage du diabète au Bénin. L’équipe a déjà entrepris de son propre chef de faire des campagnes de dépistage gratuits pour la communauté en espérant un jour obtenir une source de financement car effectivement, le diabète atteint des taux fulgurants au Bénin, avec des cas de diabète de type 2 diagnostiqués de plus ene plus tôt, même dès l’âge de 14 ans. Le double fardeau nutritionnel a des conséquences sérieuses sur l’avenir du pays. La Clinique est en grand besoin d’équipement tels les glucomètres, lancettes etc pour continuer à effectuer ses campagnes de dépistage.

Rencontre de L’ONG SHU (Solidarité Humanitaire), fondé par des nutritionnistes cliniciens possédant une grande connaissance du terrain et de la mise en application du Protocole:

La présentation et les échanges nous permettent de constater la situation de précarité des nutritionnistes du Bénin et leur grande insuffisance de visibilité. Par conséquent, les problèmes de nutrition au Bénin ne peuvent pas se régler à long terme. Il y a beaucoup de clous à cogner au Bénin…mais on n’investit pas dans les marteaux! L’idée de créer un programme de marrainage Québec-Bénin pour soutenir les nutritionnistes locaux voit le jour, de même que l’importance de faire le plaidoyer pour que les nutritionnistes cliniciens soient recrutés à l’échelle nationale, soit au minimum un par commune (Il y a 77 communes au Bénin réparties sur 34 zones sanitaires. En comparaison avec les 3000 nutritionnistes du Québec, on comprend que cette proposition n’est pas excessive, ni même irréaliste. La propostion de projet au Ministre de la Santé sera faite en ce sens, afin de mettre en relief le rôle pivot que les nutritionnistes cliniciens doivent tenir et l’importance d’augmenter radicalement l’accessibilité à cette main d’oeuvre qualifiée.

Première Séance de travail avec ABB-I et les nutritionnistes cliniques d’ONG SHU et autres dîplômés de la Faculté des Sciences de la Santé, dans le but d’élaborer une proposition de projet qui répondra aux besoins de la communauté. Un premier brouillon est jeté, et il devient clair que la première phase du mandat de la Coalition Nutritionnistes Sans Frontières doit se concentrer sur le renforcement des compétences.

L’internet rapide ne faisant pas partie des richesses du Bénin, le projet est mis au propre en plein nuit afin de profiter d’une meilleure connection. Toutes les journées de la mission et le travail acharné sans interruption commence à peser sur notre niveau d’énergie…mais pas question de relâcher l’ardeur…trop de gens comptent maintenant sur nous!

QUATRIEME SEMAINE DE MISSION

Fin de semaine de répit a l’Hotel du Lac:
Nous avons recharché les batteries et pu bénéficier de deux jours de vacances pour enfin profiter du soleil d’Afrique! Deux nuits de sommeil de 16 heures nous ont permis de revenir à notre famille d’accueil disposées à poursuivre cette mission chargée.

Rencontre avec le Monsieur le Ministre de la santé:
Nous avons eu l’immense plaisir de rencontrer le ministre et son cabinet. Cette rencontre nous a permis d’échanger longuement et de réaliser que le ministre accueille très positivement le renforcement des compétences proposé par notre Coalition. Nous abordons la possibilité d’avoir 77 nutritionnistes, un par commune, ainsi que le jumelage avec chacun de ses nutritionnistes avec un nutritionniste du Québec, si ceux-ci venaient à être embauchés par l’Etat. Un projet bien ficelé est demandé par le Ministre et nous promettons de fournir une proposition d’actions pour les prochaines délégations peu après notre retour.

Rencontre avec le représentant d’UNICEF et son équipe:
La relation qu’UNICEF entretient avec le Bénin est de longue date et heureusement que cet ONG était là pour récuperer la malnutrition aigue qui sévit au Bénin depuis des décennies. L’UNICEF nous confirme à quel point il est important de passer à l’étape ‘Prévention’ et son désir de soutenir le Bénin en ce sens. Nous comprenons mieux les interactions entres les agronomes (appelés les agro-nutritionnistes) et les nutritionnistes cliniciens, les divers agents de nutrition et toutes les instances impliquées en nutrition. Il semble qu’une étape essentielle préalable avant de lancer quelque projet que ce soit est de mieux arrimer les rôles des acteurs impliqués, afin qu’ils soient en mesure d’harmoniser leurs actions et de se complémenter selon leurs forces.

Rencontre avec ORTB -Télé nationale du Bénin;
Nous sommes invités par la directrice qui souhaite savoir comment soutenir notre Coalition. Les médias ne demandent pas mieux que de mettre en vedette des gens compétents comme les nutritionnistes et de contribuer à leur visibilité.

Deuxième rencontre avec le Secrétaire Permanent du CAN
Nous rencontrons l’équipe entière du SPCAN, et la proposition de projet qui a été soumise est reçue positivement. Un échange dynamique se fait avec les agro-nutritionnistes en poste et nous recevons une rétroaction pertinente pour améliorer la proposition avant de la soumettre au Ministre de la Santé.

Rencontre avec la professeure Victoire Agueh, à l’Institut de Recherche en Santé Publique (IRSP) a Ouidah:
La directrice de l’IRSP nous partage sa grande expérience des politiques de nutrition au Bénin et nous éclaire sur les enjeux actuels. Elle appuie la mission de la Coalition et une belle collaboration s’amorce. Nous visitons les lieux qui ont servi à héberger des dizaines de délégations de professionnels et étudiants étrangers par le passé. Le site de l’IRSP est pittoresque et calme, sans contredit un havre de paix propice aux études internationales et pour héberger des projets tels que ceux de la Coalition. L’IRSP est un joueur majeur en nutrition au Bénin, de concert avec la Faculté des Sciences de la Santé.

Souper d’adieu et hommage de la part des Nutritionnistes de l’ONG Solidarité Humaine.
Je suis remerciée chaleureusement avec une plaque commémorative, en guise de mention d’honneur. J’accepte volontiers de marrainer leur organisme et leur mentor. Il existe au Bénin encore une passion pour leur profession, et il n’en faut que peu pour raviver la flamme sacrée chez ces diplômés du programme de nutrition qui a d’ailleurs été calqué sur notre programme universitaire québécois grâce à l’apport de TRANSNUT il y a de cela déjà 7 ans. C’est un plaisir de constater que nous parlons le même langage, nous vivons les mêmes défis professionnels, chérissons les mêmes désirs de nous faire apprécier é notre valeur. Nous partageons un excellent repas entre collègues, et je suis apte à évaluer le niveau élevé de compétences, qui ne demande qu’à être mis en valeur pour le bien de la communauté. Je ressors convaincue que la collaboration Québec-Bénin entre nutritionnistes portera fruit autant pour le Québec que pour le Bénin et ce sera avec un grand plaisir de les soutenir à distance jusqu’à la prochaine délégation.

Diner d’adieu cordial à Porto Novo, chez les Lawani
Nous constatons la diversité des actions de l’organisme Cœur de Vie fondé par Dre Lawani : En partageant sa terre pour y faire travailler des jeunes a développer des mini-élevages, elle soutient personnellement sa communauté. Nous sommes touchées par son dévouement, devant les centaines de poussins qu’elle vient d’acheter pour permettre à ses jeunes démunis d’acquérir une autonomie. Les initiatives Génératrices de Revenus sont prometteuses au Bénin et tirent profit de la débrouillardise légendaire des béninois. Nous sommes heureuses de constater que les dons dédiés directement à de telles initiatives locales changent réellement des vies.

Soirée d’adieu et de remerciement d’ABB avec toute l’équipe, à la belle étoile, façon béninoise, autour d’une bonne bière! La gratitude est tout-à-fait réciproque et nous sommes heureux qu’ABB ait pu nous guider à travers toute la mission, qui fut un succès au-delà de nos espérances.

APPUYEZ NOTRE PROCHAINE DÉLÉGATION DE NUTRITIONNISTES