La vie de nutritionniste en mission de développement

Je suis partie en mission de développement au Bénin en voulant simplement faire un ‘check’ sur ma ‘bucket list’ en me disant que je ne pouvais pas quitter ce monde sans laisser ma trace, si petite soit-elle, là où cela compterait vraiment. C’était pour s’arrêter là. Je ne m’étais pas préparée mentalement du tout à cette première mission sur le plan professionnel, ni personnel et c’était volontaire. Je ne voulais pas partir avec des idées préconçues. D’ailleurs je sais maintenant que rien n’aurait pu me préparer à la réalité du Bénin.

Quand on part en mission, on se fait donner des conseils de gens qui ont de l’expérience. Leurs mises en garde abondent. « Tu vas te faire traiter en blanche (c’est vrai mais ce n’est pas vraiment mauvais, surtout ici ou l’étranger est si bien accueilli), ne bouscule pas leurs traditions,  etc ». On nous dit quoi ne pas faire. Mais quoi faire, ça demeure un mystère! Je peux compter sur les doigts de ma main les personnes qui ont vraiment pu m’aiguiller sur l’attitude à adopter ici et c’était ceux qui y étaient déjà venus en mission. Le meilleur conseil qu’on ne m’ait jamais donné: ‘Observe et écoute avant. Parle après.’ Je dois avouer que c’était loin d’être dans ma nature! Mais c’était le conseil qui faisait le plus de sens alors je l’ai mis en pratique. J’ai appris à connaître le pays au point de maintenant me faire passer au moins pour une ‘expat’ plutôt qu’une touriste.

Avec l’expérience, on comprend la réalité du peuple qu’on a choisi d’aider. En vivant avec empathie leurs difficultés. Et à partir de là la mission se trace d’elle-même, les actions à prendre se révèlent… Mais il faut être prêt à obéir à cette mission que l’on a entrepris et ne pas abandonner, ni se laisser divertir, ce qui est difficile. Il ne s’agit plus, quand on a trouvé sa mission, d’une affaire personnelle ni même professionnelle, mais d’une raison d’être de son passage sur cette Terre. Peut-on abandonner une raison d’être?

Une mission de développement n’est jamais facile

Cela n’a rien de facile et exige une capacité d’adaptation hors du commun. Être loin de sa famille avec autant de personnes qui comptent sur vous peut peser lourd et vous chambouler. Le goût de plier bagage et de revenir à mon doux confort, je le vis constamment. Ça serait la voie facile. Mais la mission prend le contrôle littéralement, et à chaque doute il n’y a qu’une seule issue possible. Continuer sinon tout tombe. Et si tout tombe, ce sera l’occasion de changer des vies qui tombera, des vies de mères qui n’ont jamais de repos, de nutritionnistes laissés au chômage…et surtout d’enfants.

Je n’ai pas de conseils à donner à ceux qui partiront en mission, parce qu’une mission c’est une affaire de cœur. Ça s’impose en nous, ou pas. Chaque personne a sa mission qui lui est propre, et ne le sait même pas encore. Mieux vaut laisser les choses venir à soi, une journée à la fois. Et se dire chaque jour qu’à l’impossible nul n’est tenu. Car il y a trop de besoin pour une seule personne.

C’est pourquoi, selon moi, les missions qui réussissent sont basées non pas sur ce que nous avons à donner mais sur ce que nous avons à partager de part et d’autre. La coopération. La solidarité nous permet à nous aussi de continuer.

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