Dépistage de la malnutrition infantile à Ouidah : La suite

Je vous ferai grâce de tout ce que j’ai vu, les cuirs chevelus plein de gale, les oreilles noircies par manque d’intégrité de la peau, les ventres oedemaciés, les jambes arquées au point de poser un sérieux handicap, les lésions cutanées…tous des signes ou des conditions associées à la malnutrition infantile. Je prefère vous montrer les sourires qui persistent à travers tout ça. C’est ce qui me frappe le plus quand je viens au Bénin. La photo que mon mari a prise de cette petite, dont le non-verbal dit tout, me touche profondément.

A mon arrivée, tout un tollé! Une centaine de femmes et d’enfants se trouvant devant moi, je me suis adressée aux mères. Je leur ai demandé ce que les enfants mangeaient dans ce village : Elles m’ont dit; »on leur donne ce qu’on trouve ». Pas moyen d’obtenir ni même un aperçu de l’assiette.  Je leur ai demandé ce qu’elles mangeaient, elles m’ont répondu : »Ce qu’on trouve’’. Le questionnaire d’évaluation nutritionnelle standard ne fonctionne pas ici! Alors je leur ai demandé de me dire ce qu’elles trouvaient!

A certaines périodes de l’année il y a des mangues. Il y a du maïs surtout alors les enfants mangent de la pâte de maïs, de la bouillie de maïs et de la pâte de maïs encore. Aucun produit laitier, et le poisson est occasionnel, une ou deux fois par semaine, alors qu’il fait partie du menu courant en ville. C’est donc avec peu de fruits et légumes et peu de protéines animales que grandissent ces enfants. C’est la norme ici dans les villages, et il n’y a pas à faire loin en dehors de la ville pour constater cette mono-alimentation. Il y a tout un travail à effectuer pour la diversification alimentaire et si seulement les différents agents de nutrition, nutritionnistes et agronomes s’assoyaient pour travailler ensemble, il y aurait des stratégies durables fort certainement qui émergeraient. Je ne peux, pour l’instant, après leur avoir prodigué des conseils généraux pour les encourager à diversifier l’alimentation de leurs enfants, que leur promettre de continuer de faire pression pour que des nutritionnistes deviennent accessibles au niveau communautaire et viennent les visiter. Je pointe par contre les enfants qui ont vraiment besoin d’aller consulter en soins de santé à l’ONG Espoir de Vivre.

Mais tout autour des villages, il y a des cocotiers, des bananiers, des papayers, des avocatiers, et les marchés ont une variété suffisante de fruits et légumes. Tomates, oignons, poivrons, haricots verts, agrumes variées…tout y est côté végétaux. Pour les protéines, ici les petits poissons se vendent partout, sous leur forme séchée. Le poulet est aussi partout, ainsi que les œufs. Le lait est peu accessible à cause de son prix, mais la poudre de petits poissons et l’huile de palme rouge peuvent combler les besoins en calcium et vitamine D. L’arachide est répandue. Tout y est pour combler les besoins des petits et grands.

Alors pourquoi les enfants ont-ils si peu de variété? Ce n’est plus un mystère pour moi, mais c’est un domaine que les nutritionnistes du pays connaissent bien mieux que moi…Pour vous en parler, Armand Acakpo, un nutritionniste travaillant sur le terrain en région éloignée que j’ai interviewé ici. Ce sont eux qui doivent devenir les pivots de la nutrition au Bénin…certainement pas moi! D’où l’importance capitale de la mission de la Coalition.

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